Poésie sous la lune


 
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 Gorée...

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Snow
Plume de Phoenix
Plume de Phoenix
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MessageSujet: Gorée...   Ven 1 Déc - 14:43

Alors, voici, pour sa première publication sur le net, un texte écrit il y a a peu près six mois... Un récit en tous points réel, la plongée d'un homme dans l'"homo homini lupus est"...

Gorée, une île au large de l’Humanité…


Il m’est impossible, en quelques lignes, de vous transcrire un récit complet, fidèle et précis de notre voyage au Sénégal. Ce ne sera pas pour cette fois. Par contre, je peux vous raconter l’histoire d’une plongée dans l’Histoire, en un lieu au large de toute Humanité : Gorée.
Il est aux alentours de 11h00, la chaloupe devant nous amener sur l’île accoste son débarcadère, nous descendons, Belges et Sénégalais, sur une place de sable plus rouge que la normale. Dans le ciel, d’un bleu étincelant, des rapaces tournoient, comme si… Nous prenons nos sacs, et marchons, en direction du castel se dressant au dessus de la falaise. Pour cela, nous traversons le village de l’île, qui a des charmes de Méditerranée, avec des plantes roses et blanches en fleurs, des petites allées où l’air est frais, bref un petit coin de paradis… Qui revient de l’Enfer… Sur le chemin, des vendeurs nous proposent des breloques et divers objets tels que des bracelets ou des colliers… Nous continuons notre route et commençons à monter l’Allée des Baobabs, pour enfin arriver au Castel. Là, des siècles durant, les armées européennes se sont succédées, l’île étant un point stratégique pour celui qui voulait prendre ou défendre Dakar, car ses flancs embrassent la rade, et toute la baie de la ville, procurant quasi tout le temps une ligne de vue parfaite pour abattre froidement un navire ennemi à coups de canons.
Là au dessus, nous découvrons des canons bouchés par un scellé de mortier. De leur gueule ne sortira plus la mort. Devant nous fait face le monument érigé par Bill Clinton pour commémorer la fin de l’esclavage, dressé tel une immense ruche de béton armé, fendant les vents pour mieux les faire siffler dans son immense caisse de résonance. La vue sur la ville est impressionnante, et en ravit plus d’un. On voit au loin les buildings du centre-ville, ainsi que les bateaux en attente dans le port. Nous descendons manger et boire un coup, ensuite, direction la Maison des Esclaves.
Nous arrivons là-bas, le fils du conservateur nous fait un speech sur les conditions de détention des esclaves noirs. 20 millions sont passés par une des 120 esclaveries de l’île, 6 millions sont morts là-bas ou en mer. Pour vingt hommes, une pièce de deux mètres sur deux, pour les vierges, qui avaient la même valeur qu’un homme tant qu’elles le restaient, c’était une pièce avec du roc à nu. Ceux qui refusaient d’être esclaves se voyaient enfermés dans la cellule des récalcitrants, un cachot humide où ils étaient accroupis. Tous finissaient par attraper une pneumonie, dans ce cachot, et alors, n’étant plus aptes au travail, ils étaient jetés à la mer. Pour ceux qui ne pesaient pas 60 kilos, ils étaient envoyés dans la cellule des inaptes temporaires, et on les engraissaient jusqu’à ce qu’ils deviennent aptes. S’ils ne l’étaient pas après trois mois, ils rejoignaient une des maisons de l’île comme domestiques. Au bout du couloir central, on peut voir un rectangle de mer et de ciel dans les murs de cette prison. Elle se nomme « La Porte du Voyage sans Retour », le nom parle de lui même. Les esclaves étaient attachés par deux, entravés aux pieds par des menottes, et à celles ci était attaché un boulet de pierre d’une dizaine de kilos. S’ils essayaient de s’enfuir lors de l’embarquement, leur seule issue était la mer, alors ils coulaient comme des pierres… Puis, cette richesse en viande dans les eaux de Gorée a fini par attirer des requins, alors les esclaves ne mourraient plus noyés, mais dévorés par les requins…
Aux murs de cette prison étaient accrochés des phrases :
« Gorée, Dachau, quel long chemin nous reste-t-il encore à parcourir avant d’enfin devenir des hommes ? »


« Homo homini lupus. »


« En ce lieu a été créée la Maison des Esclaves afin que chaque Africain se souvienne qu’une partie de son âme a transité par ce sanctuaire. »

Dernière chose : si les Européens pensaient que les Noirs n’avaient pas d’âmes, c’est peut-être parce que les Blancs, par trois siècles d’esclavage, la leur ont enlevée…

Snow
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